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Les protectionnismes < Fiche 002 
 
Fiche 002  Pourquoi s’interroger sur l’opportunité du protectionnisme ? 
 
Les échanges économiques internationaux font couramment l’objet d’interventions étatiques : 
Les échanges économiques internationaux engendrent trois types de mouvements : des mouvements de fonds, de marchandises et de travailleurs. 
Les fluidités de ces mouvements sont  inégales : les fonds circulent en quelques nanosecondes, sans contrainte particulière. Les marchandises, en système libéral, sont également supposées circuler sans contraintes.  
Dans la réalité, leur circulation est moins fluide que celle des capitaux, pour des raisons matérielles évidentes, et  aussi parce certains pays conservent des dispositifs discrets mais efficaces pour préserver leurs intérêts nationaux. 
A l’inverse, la circulation des travailleurs fait l’objet de nombreuses interventions : soit par l’application de dispositifs administratifs, soit même par un verrouillage physique : Le mur construit entre les Etats-Unis et le Mexique en est une illustration spectaculaire. Du fait de ces interventions étatiques, on ne peut considérer le système actuel comme totalement libéral. 
Pertinences de ces interventions : 
De tous temps, les états ont été amenés à intervenir pour favoriser la bonne marche de leur économie nationale. Chaque pays possède des atouts spécifiques, adopte des priorités qui lui sont propres, élabore ses options stratégiques. D’où ses préférences pour tel ou tel mode d’échanges internationaux. Pour un pays, les choix sont complexes, car des intérêts contradictoires  y cohabitent: une petite entreprise familiale de textile ou de mécanique, scotchée sur le territoire national, n’a pas les mêmes intérêts qu’une multinationale, qui va localiser ses activités en fonction d’une rentabilité maximale, ou qu’une entreprise de la grande distribution. Des arbitrages entre ces intérêts sont indispensables. 
C’est là, en principe qu’intervient le pouvoir politique. En théorie, ces arbitrages devraient résulter d’une analyse des situations, des perspectives existantes et des projets à mener à bien. Par exemple, une nation qui souhaite développer une production nouvelle, peut avoir intérêt, pendant son lancement, à la mettre à l’abri de la concurrence internationale jusqu’à ce qu’elle ait atteint un niveau de rentabilité satisfaisant. Inversement, si elle bénéficie, dans un domaine d’activité, d’une position stratégique forte, elle a tout intérêt à prévenir l’émergence de concurrents. 
Contestation de leur opportunité
Pourtant, si une telle approche va de soi au niveau d’une entreprise, elle se voit contestée, au nom du « libéralisme » au niveau des états. Selon cette doctrine, le rôle des états consiste à contrôler la bonne application des règlements en vigueur. Ils devraient s’interdire toute intervention susceptible de faire obstacle au libre jeu des capitaux et des marchandises, au détriment de l’efficacité du système. Les « Entreprises sans frontières » (qui disposent de moyens pour façonner l’opinion à leur convenance) y trouvent leur compte. 
Mais, cela se traduit, pour les nations, à l’abandon de toute prétention stratégique propre. Elles ne peuvent naturellement se contenter de mettre des cierges en priant le Seigneur que les choses finissent par s’arranger d’elles-mêmes… Chaque nation s’efforce donc d’adopter une stratégie appropriée à ses intérêts. 
Quelles sont les enjeux de ces stratégies ? 
Toute stratégie, qu’il s’agisse d’une entreprise, d’une équipe de rugby, ou d’une nation, comporte des éléments offensifs et des éléments défensifs. Ils se complètent et se renforcent mutuellement. Il faut inévitablement faire face à des « temps forts », où l’on fait pression sur ses concurrents, et à des « temps faibles », où l’on subit leur action. Oublier cette complémentarité, c’est s’exposer à la déroute. Pour illustrer ce propos, on peut se souvenir qu’au début du XX° siècle, le maître-mot de l’état-major de l’armée française était « l’offensive à outrance ». Celle-ci était supposée bousculer de façon irrésistible l’ennemi. Les tenants d’un renforcement défensif étaient considérés comme timorés, dépourvus du sens du panache qui fait traditionnellement la grandeur de l’armée française. Exprimer des réserves à l’égard du Credo officiel leur coûtait leur carrière. Il fallut des centaines de milliers de morts au cours du deuxième semestre de 1914, pour que l’état-major français redécouvrît l’utilité des tranchées. 
Aujourd’hui, les confrontations se situent plutôt dans le domaine de l’économie. Mais les règles du jeu restent les mêmes : une nation qui renonce à toute prétention stratégique et qui délaisse la défense de son économie s’expose à des risques considérables
Le Dilemme des gouvernements : 
Tout gouvernement est confronté aujourd’hui à des choix difficiles : 
-  Soit il s’efface devant les exigences des « Entreprises sans frontières » et évite toute intervention « intempestive » dans le domaine économique. Cela lui procure dans l’immédiat encouragement, voire assistance de la part de celles-ci. Il risque, en contrepartie, de perdre sa crédibilité auprès des populations et de compromettre à terme le développement de la nation dont il est en charge. 
-  Soit il intervient autant que nécessaire pour assurer la réussite de choix  stratégiques nationaux.  Il s’expose alors de rapides « retours de bâton » de la part des institutions garantes de l’ordre libéral, avec le risque de ruiner prématurément ses efforts.
 
 
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