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Les protectionnismes < Fiche 003 
 
Fiche 003  Les adversaires des solutions protectionnistes 
 
Les adversaires du protectionnisme gravitent autour du Mouvement des « entreprises sans frontières ». Celui-ci  est doté d’un réseau impressionnant d’institutions : organismes et séminaires internationaux, instituts de recherche, conférences, publications… 
Ces démarches se déclinent également au niveau des secteurs d’activité et au niveau de chaque pays. 
Par exemple, en France, le Medef fonctionne comme une succursale du Mouvement. Il est lui-même doté d’instituts et d’organismes de recherche et d’échanges (par exemple l’Institut Montaigne). Toutes ces institutions fonctionnent en relais et en cascades, et confortent réciproquement leur influence. 
Les relais d’opinion du Mouvement rassemblent en outre des consultants, des économistes, et des médias. 
L’activité des consultants relève du « Lobbying » au sens large : animation de réflexions, think tanks, interventions publiques, mise en réseau d’institutions, publications… Les économistes sont chargés de mettre au point et de valider les discours théoriques du Mouvement. Les médias assurent le conditionnement de l’opinion. 
Pour simplifier, on rassemblera ces divers intervenants sous la dénomination des « mondialistes heureux ». 
Argumentaire des « mondialistes heureux » 
L’argumentaire des adversaires du protectionnisme se cantonne dans des considérations de caractère général. On pourrait souvent parler de « langue de bois ». 
Par exemple, pour la présidente du Medef, qui rappelle son  « engagement en faveur de la création des «États-Unis d'Europe», en vue d'une stratégie européenne renforçant la compétitivité » , La France doit rester un pays ouvert dans une mondialisation régulée».  On ne peut être plus vague. 
On notera à ce propos que la CGPME, qui n’a pas les mêmes liens avec le Mouvement,  adopte une position plus circonspecte et plus « pratique ». En témoigne la « fiche pédagogique » consacrée à ce sujet sur son site: -www.cgpme.fr/telecharger2/1239711271_5633.pdf.-;: si elle concède que les effets du protectionnisme à long terme sont néfastes, elle reconnait qu’il constitue à court terme « une idée séduisante ». 
La trame générale de l’argumentaire est la suivante : 
Certes, le tissu industriel du pays est en lambeaux, le chômage et les déficits de toute sorte s’accroissent, mais il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. De toutes façons, il n’y a pas d’alternative : chercher à contrarier les effets du libéralisme ne ferait qu’aggraver la situation. 
Inutile de perdre son temps à  émettre des doutes, à envisager d’autres pistes. Une telle attitude est puérile et ne mérite pas d’être débattue. A quoi bon entamer un débat ou mener des investigations sérieuses puisqu’ils ont raison ? Ils constituent le « cercle de la raison ».  
Prononcer le mot « protectionnisme» est jugé aussi inconvenant que l’aurait été le mot « sexe » dans la société victorienne : c’est un langage de « mécréant». Cette « mécréance » n’est pas improvisée. Elle résulte d’une action de propagande ancienne et continue de longue haleine. Elle disqualifie l’interlocuteur, et, surtout, évite l’émergence de tout débat : Circulez, il n’y a rien à voir… 
Le protectionnisme, autrefois considéré comme une approche parfaitement honorable de la conduite des échanges internationaux bénéficie (si l’on peut s’exprimer ainsi) d’une connotation nettement négative. Il est réputé évoquer la « frilosité », la rigidité, la peur de l’avenir, voire même, depuis quelques temps, la xénophobie. Inutile donc d’entamer un débat avec des protectionnistes : Ils ne le méritent pas
Une anecdote pour illustrer cette affirmation. A la fin de 2011 a été publié un livre du journaliste François Ruffin (qui est excellent : on devrait obliger tout mondialiste heureux à le lire) : « Leur grande trouille. Journal intime de mes " pulsions protectionnistes " Denis Clerc, fondateur de la revue Alternatives Economiques, introduit ainsi ses commentaires : sur ce livre : « Force m'est de reconnaître que ce livre est salubre. Autant le dire : j'abordais cet ouvrage avec suspicion, en raison du sujet - le protectionnisme… ». Il se trouve que Denis Clerc n’a rien d’un néolibéral forcené, bien au contraire : c’est un humaniste, ouvert aux échanges d’idées (d’ailleurs son commentaire sur le livre est plutôt positif). Il n’empêche : il se croit obligé de s’excuser comme s’il avait proféré un gros mot, et de prendre  in fine ses distances avec l’ouvrage qu’il qualifie de « livre militant, brillamment écrit, qui, sans m'avoir convaincu, m'a profondément interpellé » Ouf ! Sa crédibilité personnelle est sauve. 
Les relais du Mouvement : 
Les économistes hostiles au protectionnisme peuvent être classés dans deux catégories : Des économistes indépendants, sincèrement convaincus de la supériorité du libéralisme, et des collaborateurs d’institutions financières ou de multinationales. Il est inutile d’attendre une critique de leur part vis-à-vis du Mouvement  « Entreprises sans frontières » qui leur fournit confort et notoriété. Le « cercle des économistes fournit un échantillon représentatif de cette population. On notera que la profession d’économiste n’est pas réglementée. Chacun peut, de son propre chef, se présenter comme économiste. Cela va être encore ^pplus vrai dans la sphère médiatique. 
La plupart des médias destinés au grand public (Télévision et journaux) sont étroitement contrôlés par le Mouvement. Les personnalités chargées des dossiers économiques sont assez interchangeables : On attend surtout d’eux du bagout et de l’assurance plutôt que des connaissances théoriques. On ne leur tient pas  rigueur d’erreurs d’analyse, dès lors qu’ils font preuve de loyauté vis-à-vis du Mouvement. Apparemment, ils ne sont pas chargés de chanter de façon outrancière les louanges du libéralisme (ils peuvent même être amenés à déplorer les difficultés des populations). Par contre, ils doivent s’employer à tuer dans l’œuf toute velléité de discussion sur le thème du protectionnisme. 
L’ensemble de ces relais confère au Mouvement « Entreprises sans frontières » une capacité d’influence considérable sur les opinions publiques.  
Numéro n° 308  (décembre 2011) 
http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/spip.php?rubrique8.  
 
 
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