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Les protectionnismes < Fiche 008 
 
Fiche 008    Un débat sur le protectionnisme, pour quoi faire ? 
 
Comme on vient de le voir, dans leur grande majorité, les personnalités et les organisations qui comptent dans le débat politique « diabolisent » la notion de protectionnisme. A les entendre, protectionnisme égale « Extrême-droite ». Ils offrent à  celle-ci un placement d’avenir, lorsque l’on sait que la grande majorité de la population française est, elle, favorable à des mesures protectionnistes.  
Chez la majorité d’entre eux, l’argumentation est surprenante : Ils dénoncent la  mondialisation et le libre échange, mais proposer de les battre en brèche est odieux. 
Il n’est pas question de plaider ici pour ou contre le « protectionnisme » : Toute stratégie (et donc toute mesure prises pour la mener à bien) comporte des avantages et des inconvénients aussi bien sur le plan économique que social. Il en va ainsi de toute mesure protectionniste. Elles peuvent avoir des effets favorables pour les uns, défavorables pour les autres. Elles peuvent transformer les relations entre nations de manière positive ou négative… Une mesure protectionniste n’est pas bonne ou mauvaise en elle-même : elle s’apprécie par référence à la stratégie qu’elle prétend servir, au vu de ses retombées concrètes. 
Mais un rejet a priori de tout débat sur le « protectionnisme » sans se demander qui l’on veut protéger contre quoi, sans s’interroger non plus sur ses éventuelles modalités pratiques est totalement irrationnel. Les conditions de ce débat sont faussées dès le départ. Pour faire l’objet d’un tel tabou, il doit déranger de puissants intérêts… 
Exemple de débat faussé : 
Un article du Figaro chiffre à 36000 le nombre de disparitions annuelles d’emplois du fait de l’internationalisation de l’économie. .  Cette information se réfère à un article de chercheurs de l’INSEE : « Globalisation et flux d’emploi : que peut dire une approche comptable ? » (ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 427-428). Les auteurs indiquent prudemment qu’un tel chiffrage est très difficile à réaliser : la  méthode comptable qu’ils suggèrent (en reconnaissant qu’elle est très contestable) aboutirait au chiffre de 36000 par an. Mais ce n’est qu’une hypothèse non validée. Pourtant, dans la foulée,  de nombreux intervenants de gauche ou d’extrême-gauche reprennent ce chiffre. Une fois lancé dans la nature, ce chiffre, dont la plupart des utilisateurs n’ont pas examiné li signification réelle devient un argument incontournable… 
Il mérite pourtant  d’être relancé sur des bases plus sérieuses qu’en termes de slogans sommaires, parce qu’il nécessite la réouverture, en amont de débats fondamentaux. 
 
Premier débat : est-il souhaitable de réguler l’activité économique ou de laisser libre cours au jeu du marché ? 
Pour les libéraux, le libre jeu du marché débouche, à moyen et long terme sur les meilleures évolutions possibles. Ses mécanismes peuvent avoir, dans l’immédiat, des effets apparemment cruels.  Mais ils engendrent une évolution profitable pour tous. Quand un lion tue une antilope, ce n’est pas très agréable pour elle. Mais, à terme, l’existence de prédateurs favorise l’adaptation de l’espèce antilope aux sollicitations de son environnement et la protège contre des catastrophes écologiques.  
Les gauchistes d’obédience marxiste sont également favorables au libre jeu du marché dont ils attendent une accélération de l’écroulement du capitalisme. 
Est-on d’accord avec ces analyses ? 
 
Deuxième débat : Quelle est la légitimité de la notion de nation ? 
Conséquence logique du premier débat, les libéraux sont hostiles à l’existence de nations : elles constituent en effet des regroupements de citoyens susceptibles de perturber le libre jeu du marché au nom d’intérêts locaux. Dans la mesure où ces libéraux ont la mainmise sur les jeux de l’économie mondiale, leur point de vue est déterminant. 
Là encore, les gauchistes internationalistes partagent cette hostilité, le nationalisme exprimant à leurs yeux, une vision égoïste du monde privilégiant, en réalité, les intérêts des puissances les plus nanties, au détriment des plus défavorisées. Il débouche inévitablement sur une préférence nationale xénophobe. On trouve  ici l’origine du procès  du protectionnisme en « xénophobie ».  
Faut-il rejeter la notion de « nation » ? Est-elle « xénophobe » par nature ? 
 
Troisième débat : l’intervention des états dans le jeu économique est-il acceptable ? 
On notera que les prises de position évoquées jusqu’ici ont un caractère purement idéologique. Elles ne cherchent pas à s’appuyer sur des expériences réelles ni sur des données concrètes. Elles sont donc extrêmement difficiles à contrer, puisqu’elles rejettent a priori toute argumentation contraire, aussi solides soient-elles. 
Dans les faits, la plupart des populations récusent ces analyses. Ils estiment légitime de se regrouper en fonction d’affinités culturelles et géographiques issues de l’Histoire pour assurer les meilleures conditions possibles d’existence pour eux-mêmes et pour leurs enfants. 
Dans des régimes démocratiques, les dirigeants politiques issus d’élections libres sont supposés se mettre au service des intérêts de la nation. L’élaboration d’une stratégie nationale parait donc constituer l’une de leurs attributions majeures. Le cas des pays de l’Union européenne crée une situation particulière, les responsables politiques nationaux transférant l’essentiel de leurs responsabilités aux instances européennes qui n’ont aucun compte à rendre à qui que ce soit… 
L’éventualité de mesures protectionnistes  s’apprécie en fonction des priorités nationales énoncées dans cette stratégie. Les récuser par avance revient à renoncer à toute réflexion stratégique. Cela nous ramène à une question fondamentale :  
A quoi devrait servir un gouvernement ? 
 
Quatrième débat : le protectionnisme peut-il contribuer au succès des stratégies nationales ? 
Dans les entreprises, les mesures de caractère protectionniste font partie des composantes normales de leur stratégie. Le recours aux brevets en est une parfaite illustration. De même, dans le domaine sportif, on ne se pose pas de question : on imaginerait mal une équipe de football se privant de gardien de but, par gentillesse vis-à-vis de ses adversaires. 
Aucun argument de caractère « historique » ne conduit à rejeter les mesures protectionnistes. On pourrait, au contraire, multiplier les exemples de réussites historiques s’appuyant, hier comme aujourd’hui,  sur celles-ci. On peut constater, au contraire, que dans les pays les plus pauvres, des protections contre le libre échange auraient des effets salutaires. 
On pourrait s’attendre à ce que les libéraux, partisans de la « compétitivité universelle » les préconisent comme éléments de réussite pour les nations. Paradoxalement, ils tiennent le discours inverse. A leurs yeux, elles constitueraient une preuve d’inélégance et de « frilosité ». Il s’agit d’un discours purement idéologique et irrationnel. Le relais de ce discours dans les médias en charge du façonnement de l’opinion témoigne simplement de l’inculture stratégique des intervenants. Ceux-ci  porteraient probablement aux nues le protectionnisme au nom du refus de la résignation et du laisser-aller si on le leur demandait gentiment. Mais aujourd’hui, on leur demande  de condamner le protectionnisme comme « ringard , dépassé et frileux ». lls font de leur mieux. 
Naturellement les mesures protectionnistes n’ont pas que des vertus. Pour une activité fortement exportatrice, elles peuvent constituer un handicap en suscitant des mesures de rétorsion de la part d’autres nations. Pour une entreprise multinationale, elles peuvent constituer une entrave à leur développement. A l’inverse, elles peuvent aider des activités nouvelles à dépasser leur seuil de rentabilité, ou à éliminer des produits néfastes pour l’environnement ou la qualité de vie… 
Un débat sur le protectionnisme doit être essentiellement pragmatique, appuyé par des informations fiables, et différencié suivant les situations des divers domaines d’activité. Il est vain d’escompter des solutions idéales satisfaisantes pour tous, mais d’arbitrer dans les avantages et les inconvénients en fonction des priorités stratégiques nationales. Encore faut-il que de telles priorités soient clairement identifiées. Il faut savoir renoncer à des mesures protectionnistes quand les avantages mineurs qu’elles apportent aux uns peuvent induire des inconvénients majeurs pour d’autres. Ce débat sur les retombées concrètes de mesures protectionnistes est le seul qui présente véritablement un intérêt. Il ne parait malheureusement pas à l’ordre du jour chez les décideurs politiques. 
Est-il convenable de débattre concrètement au sein d’une nation de ses propres priorités ? 
L’élaboration de stratégies nationales se fait-elle obligatoirement au détriment des autres pays ?
 
 
 
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