Accueil Conférences Contributions Les proctectionnismes Edition Bibliographie Liens  
Les protectionnismes < Fiche 004 
 
Fiche 004   les partisans du protectionnisme 
 
Le nombre d’économistes en renom, manifestant publiquement un intérêt pour les solutions protectionnistes, est extrêmement restreint. En outre la plupart des médias les ignorent. Leur capacité à mobiliser l’opinion publique est donc restreint. Ils ne semblent pas se décourager pour autant. 
Parmi eux on compte pourtant plusieurs Prix Nobel d’économie (plus précisément, le « Prix de la Banque de Suède, en mémoire d’Alfred Nobel ») tels que Paul Krugman ou Josef Stigliz. 
C’était également le cas, en France de Maurice Allais, Prix Nobel d’économie (décédé en 2010). Il fut pendant longtemps d’inspiration libérale, mais, à la fin de sa carrière, milita pour un retour au protectionnisme. Cela lui valut le boycott des médias, à l’exception du journal Fakir, dont l’audience est relativement restreinte dans le monde des affaires. Dans une interview accordée à ce journal, il propose notamment que, dans l’Union européenne, par des mesures appropriées, et pour chaque produit ou groupe de produits, un pourcentage minimal de la consommation communautaire soit assuré par la production communautaire. La valeur moyenne de ce pourcentage pourrait être de 80%. 
Economiste original, d’une compétence reconnue au niveau international, Jacques Sapir a mis ses connaissances dans le domaine militaire à profit dans l’approche des problèmes économiques et politiques. Il exprime une critique radicale de la « mondialisation » et des choix économiques des gouvernements européens. Mais, du fait de l’étanchéité du système médiatique, ses arguments, généralement étayés par des données chiffrées incontestables, ont du mal à atteindre le grand public. 
Frédéric Lordon, économiste brillant, remarquable vulgarisateur, connait une audience croissante. Pour lui, le débat sur le protectionnisme est une « vaste connerie » : puisque dans l’économie, les distorsions sont multiples et variées, il faut naturellement inventer des « contre-distorsions ». On notera que Frédéric Lordon est un des animateurs du Mouvement ATTAC, au sein duquel on trouve des prises de position très différentes des siennes. 
Un autre économiste ayant pris nettement position en faveur d’un débat sur le protectionnisme est Jean-Luc Gréau, autrefois économiste au Medef. On trouvera ci-après une de ses prises de position, (disponible sur le site Atlantico), où l’on retrouve certains arguments caractéristiques de cette école de pensée 
« Halte au tabou, il faut ouvrir le débat sur le protectionnisme : 
Faut-il renoncer à un minimum de protectionnisme parce qu'il n'est pas dans l'ère du temps du libre échange ? 
Le protectionnisme, c’est ringard et réactionnaire ?  
Quand on les interroge sur la question du libre-échange et de la protection commerciale, différentes personnalités publiques réagissent par la même pétition de principe : « Le protectionnisme, c’est ringard et réactionnaire ». 
Comment se fait-il que Gérard Longuet, Manuel Valls, Nicolas Baverez et Mathieu Pigasse, pour citer les plus notoires, s’expriment d’une même voix, comme s’ils n’étaient que les perroquets d’un discours élaboré par d’autres qu’eux pour les besoins de la cause libre-échangiste
En faisant cause commune, par-delà leurs différences d’appartenance politique et de parcours professionnels, ils nourrissent le soupçon légitime qu’une consigne leur a été donnée visant à interdire le débat sur le libre-échange et la protection commerciale. Cela, au moment où les Français et les Européens ont plus que jamais besoin de liberté intellectuelle pour comprendre les origines de l’interminable crise qui mine le Vieux Continent. 
Car le propos de ces agioteurs du débat public vise clairement à disqualifier les porte-parole de la thèse de la protection commerciale de l’Europe. Il s’agit d’obtenir une double disqualification, historique et esthétique. Historique, en faisant apparaître ces porte-paroles sous les traits d’attardés désireux de revenir à un monde révolu : ils ne seraient au fond que des émules, dans le débat économique, des partisans du retour à la société de privilèges après la Révolution française. Esthétique, en ce sens que leur ringardise les empêcherait de revêtir les habits neufs du monde nouveau. 
Ceux qui suivent le débat sur le libre-échange, dans les médias ou sur les sites consacrés, savent en revanche combien les choses sont à la fois très pratiques et très complexes à la fois. Inutile donc de reprendre ici la question sur le fond. Nous aimerions attirer l’attention en revanche sur la conviction que dissimule le militantisme en faveur du libre-échange. L’Histoire se fait maintenant sans les hommes qui en sont les acteurs ou les témoins, voire les victimes, voilà ce qu’il nous faut comprendre au-delà de la diatribe. Les forces impersonnelles du marché commandent aux hommes et aux femmes. Toute tentative de reprendre une maîtrise quelconque de notre destin, par la voie politique, est vouée à l’échec puisque, littéralement, « les marchés font la loi ». La volonté de disqualifier la thèse « protectrice » s’ancre aussi, et surtout, sur une visée de disqualification de l’Etat, de l’action politique, et de la démocratie. 
Par là, les libre-échangistes doctrinaires opèrent un détournement du sens de l’épisode majeur qui a vu le triomphe des économies concurrentielles sur les économies socialistes. Tandis que pour certains, la chute du mur de Berlin et l’arrivée de nouveaux pays dans le concert économique international signifiaient la nécessité de redéfinir les conditions d’un nouveau vivre ensemble, aux yeux de ces doctrinaires, ces évènements ont annoncé la clôture de l’Histoire par l’avènement du monde des marchés, le meilleur des mondes, cela va de soi. » 
Emmanuel Todd, bien qu’il soit davantage sociologue qu’économiste a également pris position contre le tabou anti-protectionniste. 
Sur le plan médiatique, le seul organe de presse abordant sans complexes le dossier du protectionnisme est le Monde Diplomatique, dont la diffusion est restreinte, mais l’audience non négligeable. 
Un des sites internet les plus engagés dans la défense du protectionnisme est celui du Forum démocratique, qui a notamment lancé, avec à ce jour un succès modeste,  le projet d’une « Initiative citoyenne européenne pour un Protectionnisme européen » .  
Enfin, il faut signaler les travaux remarquables de l’Ecole de guerre économique, pour qui les démarches protectionnistes ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes, mais sont à apprécier en fonction des stratégies des nations. 
 
Entre les prises de position défavorables ou favorables à des mesures protectionnistes, on trouve, chez les économistes,  des analyses moins définitives. Beaucoup d’entre eux expriment des critiques aussi bien vis-à-vis du libéralisme et de ses effets que vis-à-vis du protectionnisme et de ses conséquences. 
C’est notamment le cas du groupe des « économistes atterrés », qui réunit de nombreux experts en renom au sein de leur univers professionnel (et qui ont, soit dit en passant également des difficultés pour accéder aux médias grand public du fait de leur non-conformité avec le cahier des charges de ceux-ci). On y trouve notamment de nombreux économistes proches du mouvement Attac. Les analyses varient sensiblement d’une personnalité à une autre. Certains sont résolument antiprotectionnistes. Comme, par exemple, Michel Husson, membre d’Attac, qui a imaginé une « école protectionniste », dont il a beau jeu de souligner les contradictions…  
De fait, le « Manifeste des économistes atterrés » émet un certain nombre de propositions prudentes, compatibles avec une démarche protectionniste. En voici quelques exemples : 
Mesure n°16 : remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l’Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire. 
Mesure n°17 : au lieu de la politique de concurrence, faire de « l’harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique (des GOPS, grandes orientations de politique sociale)…  
Mesure n°18 : assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres commerciaux entre pays européens 
Références des citations  
-      « Le débat sur le protectionnisme est une vaste connerie » :  
Site 
-      Coordonnées du site Atlantico :  
Site 
-      Coordonnées de l’Ecole de guerre économique (cf. particulièrement le Manuel d’intelligence économique sous la direction de Christian Harbulot. PUF 2012) 
-      Article de Michel Husson : cf. site de la Revue « Contretemps » 
-      
 
 
GAPSE    info@gapse.org