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Les protectionnismes < Fiche 006 
 
Fiche 006    Réaction des « politiques » vis-à-vis du protectionnisme 
 
Les prises de position des porte-paroles des divers partis à l’égard de mesures protectionnistes sont souvent ambigües. Ils sont pris entre deux inquiétudes : 
-      Prendre position en faveur du protectionnisme les exposerait à affronter un barrage médiatique assez puissant pour les mettre immédiatement en difficulté. 
-      Prendre position contre le protectionnisme les placerait en contradiction avec leurs électeurs, avec le risque de déroutes électorales à venir. 
Ils retiennent donc des formulations vagues, se prêtant à des interprétations diverses. Cela nous est confirmé par la rédaction des programmes des divers candidats aux dernières élections présidentielles. Ils font apparaître l’éventail des réactions des divers courants politiques vis-à-vis du thème du protectionnisme. 
On peut les classer en quatre catégories : 
Ceux qui sont franchement contre :  
 
C’est le cas de Philippe Poutou, qui  affiche une hostilité radicale: 
« Le programme du FN maintient pourtant les principes traditionnels de l’extrême droite : protectionnisme effréné… » 
Et plus loin : 
« La plupart des candidats donnent des garanties aux banques et au patronat de faire payer les classes populaires. Le principal outil idéologique pour vendre ce discours est de faire croire que les grands patrons et banquiers auraient les mêmes intérêts que les travailleurs. C’est à cela que servent les discours sur le « protectionnisme » ou le « produisons et consommons français… ». 
 
Ceux qui bottent en touche : 
François Bayrou n’évoque pas l’hypothèse protectionniste. Il propose simplement de 
«Créer un label indépendant pour que les consommateurs puissent connaître la provenance, ou la part française des produits qu’ils achètent et de promouvoir les relations économiques mondiales sur le fondement de deux principes : le nécessaire équilibre Nord-Sud et la recherche d’une véritable réciprocité… » 
Elle ne l’est pas non plus directement chez Nicolas Sarkozy, sauf à l’égard des mouvements de personnes, avec une renégociation des accords de Schengen. 
Toutefois, le candidat propose « d’exiger la réciprocité dans les échanges commerciaux entre l’Europe et le reste du monde. Si les négociations n’ont pas abouti d’ici un an, la France réservera ses marchés publics aux seules entreprises européennes, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. » 
Prudemment, François Hollande se contente, pour sa part, de proposer : 
« une nouvelle politique commerciale pour faire obstacle à toute forme de concurrence déloyale, et pour ?xer des règles strictes de réciprocité en matière sociale et environnementale. » 
 
Europe-Ecologie Les Verts développent le thème « RELOCALISER L’ÉCONOMIE POUR DES EMPLOIS DURABLES ET DE QUALITÉ. Vers l’écologie industrielle, pour l’industrie écologique ». Ils précisent : 
« La réindustrialisation de nos territoires est une nécessité pour lutter à la fois contre le changement climatique, la mise en concurrence internationale de salarié-e-s aux conditions de vie très différentes et le dumping social et environnemental pratiqué par certains pays… 
  Nous agissons aussi pour l’introduction d’une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés pour réduire la concurrence fiscale entre les États membres. Il s’agit, pour chaque entreprise présente dans plusieurs États-membres, de se conformer à un seul régime fiscal au sein de l’UE pour calculer son résultat imposable, plutôt qu’aux différents régimes propres à chacun des États membres dans lesquels l’activité est exercée »  
 
Jacques Cheminade évoque seulement la nécessité d’une réorganisation des marchés agricoles. 
 
 
Nathalie Arthaud n’y fait, semble-t-il, aucune allusion, mais, dans le numéro 141 de son organe « Lutte de classe »,  Lutte Ouvrière publie un article intitulé « La démondialisation » et le protectionnisme, entre démagogie cocardière et ineptie économique» 
 
L’article souligne notamment que : 
« la division internationale du travail a permis des gains considérables de productivité, comparables à ceux que l’usine a représentés par rapport à l’atelier de l’artisan. Revenir en arrière — et, par exemple, vouloir tout produire « nationalement » — est non seulement inepte, mais impossible.» 
Le MEDEF ne s’exprimerait autrement. 
 
Ceux qui proposent des démarches d’inspiration protectionnistes, mais sans prendre position de façon explicite sur le sujet : 
C’est le cas du Front de gauche dont certaines propositions s’inscrivent en fait dans une logique protectionniste: 
« La France agira pour l’institution de protections et de normes sociales et environnementales communes aux Européens, face à la pression des capitaux et des productions à bas coût sur les marchés mondialisés avec, par exemple : 
-      des prélèvements nationaux concertés sur les réimportations en Europe de productions délocalisées, 
-      une taxe « kilométrique » de manière à réduire les transports demarchandises évitables… 
Au niveau européen, nous agirons pour l’adoption d’une politique agricole commune (PAC) cohérente avec l’objectif de souveraineté alimentaire, centrant la production sur la réponse aux besoins du marché intérieur plutôt qu’aux échanges sur le marché international sur la base du moins-disant social et environnemental… 
Nous travaillerons à une harmonisation fiscale qui exigera une imposition minimale des entreprises, pour empêcher le dumping social entre pays membres de l’UE, et mettra en place un contrôle des mouvements de capitaux et le blocage de ceux à visée spéculative, la taxation du capital et des transactions financières, le contrôle des activités des banques et la lutte contre les délocalisations… » 
 
Ceux qui prennent délibérément fait et cause pour le protectionnisme : 
C’est le cas du programme de Marine Le Pen :  
« La réindustrialisation sera l’axe premier de notre politique car seule une industrie prospère est le gage de gains de productivité élevés, d’une économie dynamique et innovante, de la création d’un tissu dense de PME/PMI sur tout le territoire et d’emplois qualifiés permettant de remettre en marche l’ascenseur social. L’utopie mortelle d’un pays sans usine doit être abandonnée alors même que l’industrie fait vivre aussi, en grande partie, le secteur tertiaire.  
La réindustrialisation passe par un réarmement face à une mondialisation débridée qui met nos industries en concurrence déloyale avec le monde entier et un fonctionnement de la zone euro qui nous soumet à la politique d’hyper-compétitivité de l’Allemagne. A cette fin, la France remettra en cause l’ensemble des contraintes absurdes imposées par l’Union européennes et qui interdisent, au nom d’une politique de la concurrence dévoyée, toute politique industrielle réelle.  
-      En particulier, une renégociation des traités européens mettra fin au dogme de « la concurrence libre et non faussée », qui promeut en réalité la loi de la jungle. 
-      Une Planification Stratégique de la Réindustralisation directement rattachée au Premier ministre associant établissements universitaires et grandes écoles, filières industrielles et représentants de l’Etat organisera la réindustralisation de la France. 
-      Cette politique se fera parallèlement à la mise en place de protections intelligentes aux frontières face à la concurrence internationale déloyale (droits de douane ciblés et quotas d’importation), c’est-à-dire vis-à-vis des pays qui nous concurrencent de façon déloyale (par exemple la Chine ou certains pays d’Europe de l’Est, mais non les pays de niveau économique, social et environnemental comparable comme l’Allemagne ou les Etats-Unis). 
-      La restauration de notre liberté monétaire nous redonnera des marges d’ajustement pour favoriser la compétitivité de notre industrie. 
 
C’est aussi le cas de  Nicolas Dupont-Aignan, pour qui le protectionnisme (intelligent) constitue une proposition majeure: 
« En effet, il est tout à fait possible de recréer un million d’emplois grâce à une nouvelle politique économique qui, comme au football, s’appuiera sur une « défense » solide (monnaie compétitive, protectionnisme intelligent, loi de patriotisme économique) et une « attaque » perfor mante (plan industriel, baisse des charges pour les petites entreprises). 
Le libre-échange déloyal provoque une course sans fin au moins-disant social, salarial, fiscal et environnemental. En effet, la France ne peut pas conserver ses acquis sociaux et environnementaux et être en concurrence avec des esclaves en Asie ! C’est pourquoi nous rétablirons des règles commerciales équitables en mettant en place des droits de douane et des quotas, comme le fait la grande ma jorité des pays asiatiques ou d’Amérique Latine, afin de relocaliser l’activité en France. Le produit de ces taxes pourra être en partie affecté au financement de notre protection sociale. » 
 
 
En résumé, la plupart des programmes des candidats évitaient de prendre une position tranchée sur l’opportunité du protectionniste. 
 
On notera que le Nouveau Parti Anticapitaliste, exprime une hostilité farouche vis-à-vis du protectionnisme, mais qu’il affiche la même hostilité vis-à-vis du libre-échangisme, ce qui rend son message des plus ambigus. 
 
Les programmes favorables au protectionnisme (Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan) évoquent un protectionnisme « intelligent », ce qui laisse le débat ouvert sur les modalités pratiques. 
 
On trouve dans d’autres programmes, en termes relativement généraux, des mesures susceptibles de contribuer à une démarche de type protectionniste. 
 
La seule organisation qui se proclame à la fois de gauche et ouverte à un débat sur le protectionnisme est le M’PEP, petit regroupement de dissidents d’ATTAC sous la houlette de Jacques Nikonoff.
 
 
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