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Les protectionnismes < Fiche 007 
 
Fiche 007    Réactions des  syndicats à l'égard du protectionnisme 
 
Chez  les principaux syndicats de salariés, la question du protectionnisme suscite un malaise. 
 
Un clivage tend à se créer entre les organisations nationales cantonnées dans des positions de principe de caractère général (le protectionnisme, c’est le Front National), et les militants de terrain confrontés aux fermetures d’usines et au licenciement de leurs collègues. 
 
Force Ouvrière 
La position la plus ouverte est celle de Force Ouvrière : pour Jean-Claude Mailly, le progrès passe par « un débat sur le type de protectionnisme que l'on peut instaurer au sein de l'Union des règles sociales et environnementales à mettre en place pour se protéger a minima ». 
 
CGT 
A la CGT, le débat sur le protectionnisme commence tout juste à s’ouvrir. Aujourd’hui encore, les instances nationales du syndicat affirment leur hostilité de principe au protectionnisme. Leur point de vue apparait incidemment dans une prise de position du 8 juin 2012 sur la crise européenne.  
Agir vite 
La situation économique ne cesse de se dégrader en Europe […]  Il faut instaurer une véritable politique industrielle fondée sur les coopérations entre les pays européens dans l’intérêt des travailleurs  et contre le protectionnisme….  
 
Mais, comme dans les autres organisations syndicales, les sensibilités ne sont pas les mêmes au sein des organismes nationaux et chez les militants de terrain confrontés aux fermetures d’usines et aux licenciements de leur camarades. Face aux délocalisations, les représentants sont moins convaincus de la nocivité du protectionnisme. 
C’est notamment le cas chez Caterpillar, dont le site  évoque, à la date du 17 décembre 2011, sous le titre « Le protectionnisme, terreur du patronat »,  le livre de François Rufin « audacieux, lucide, qui donne à réfléchir ». 
http://cgtcaterpillar.unblog.fr/2011/12/17/le-protectionnisme-terreur-du-patronat 
De même, l’USTM CGT Isère, et les amis du Monde Diplomatique organisent le mardi 2 octobre 2012 une CONFERENCE-DEBAT « PROTECTIONNISME / DEMONDIALISATION ». En présence de François RUFFIN, journaliste et participant au journal FAKIR, au Monde Diplomatique, et à l’émission sur France Inter « La bas si j’y suis ». 
Voici la présentation de cette réunion  
Ce n’est pas une politique en soi, encore moins un idéal, mais un moyen ! « C’est un moyen qui, aujourd’hui, pourrait rendre à la politique sa primauté, desserrer l’étau de la concurrence, rouvrir le champ des possibles » François Ruffin. 
Veau d’or du capitalisme, le libre-échange passe, aux yeux de ses défenseurs, pour une loi de l’économie, à l’égal de celle de la gravitation universelle de Newton… ! Et si le protectionnisme n’était pas l’épouvantail agité par les économistes bien-pensants ? « Édito du livre le protectionnisme et ses ennemis 
Concernant notre USTM, il ne s’agit pas de se positionner pour ou contre le protectionnisme. Mais comme nous l’avons déjà fait pour d’autres sujets d’ordre économique, nous espérons apporter une information, et une meilleure connaissance sur un sujet précis qui reste peu abordé par nos camarades. Certains seraient tentés de penser que ce thème est d’actualité et donc qu’il ne nécessite pas une réflexion. 
Nous rappellerons qu’au début de l’ère industrielle et encore aujourd’hui, le protectionnisme s’applique. Mais quelle connaissance en ont nos militants ? Peu au regard des analyses des économistes qui ont écrit sur le sujet : d’Emmanuel Todd à Frédéric Lordon en passant par Jacques Sapir ou Francois Ruffin entre autres… Il nous semble intéressant de pouvoir confronter les propositions de la CGT concernant l’industrie avec les idées développées dans le Protectionnisme et appelées par certains « dé-mondialisation ». 750 000 emplois supprimés dans l’industrie en dix ans. Si tous ces emplois perdus ne sont pas directement liés aux délocalisations, nous devons réfléchir ensemble sur tous les moyens possibles afin de garder et d’améliorer l’emploi dans l’industrie. 
Nos élus CE, DP, nos DS et DSC trouveront dans ce débat une aide leur permettant de débattre avec les salariés. C’est l’objectif de notre USTM. 
Si vous le souhaitez, et afin de vous préparer à ce débat, nous vous proposons plusieurs livres qui sont à votre disposition à l’USTM : Le protectionnisme et ses ennemis de Ha-Joon Chang, Serge Halimi, Frédéric Lordon, François Ruffin et Jacques Sapir/  La dé mondialisation de Jacques Sapir / Leur Grande trouille de François Ruffin /Après la démocratie d’Emmanuel Todd. 
 
CFDT 
A la CFDT, les choses sont simples : le protectionnisme est une attitude d’extrême-droite. Il est donc inutile d’en débattre. 
En témoigne cette déclaration d’Anousheh Karvar, Secrétaire Nationale, à l’occasion d’un débat organisé le 7 février 2012 à Béthune. : 
Pas facile de se faire entendre syndicalement dans un contexte de concurrence exacerbée, de projets politiques protectionnistes et populistes et de s’opposer à des idées comme celles défendues par le Front National. Il faut jouer la proximité avec les salariés. 
Point de vue réitéré lors d’un débat organisé à Strasbourg, le 30 mars 2012: 
Pour la CFDT, la "préférence nationale" génère la haine de l'autre et le protectionnisme, tel que défini par le Front National, est suicidaire et démagogique. 
 
Pourtant, la CFDT d'Alcatel Lucent appelle à une forme de protectionnisme face au « risque chinois», comme en témoigne cet article paru dans le Miroir Social du 26 juillet 2012. 
La question de l'emploi dans la filière des télécoms se cristallise sur la situation des opérateurs Orange, Bouygues, SFR et Free. L'occasion pour la CFDT d'Alcatel Lucent de souligner que le réseau, cette partie invisible du monde de l'internet et des télécommunications, ne doit pas être occulté des débats.  
Le syndicat de l'équipementier remet donc à jour son argumentation sur le « risque chinois ». Depuis une dizaine d’années, les deux équipementiers chinois, Huawei et ZTE, ont commencé à équiper des réseaux en Europe, en Afrique et au Moyen Orient, sur fond de soupçons de dumping via des aides publiques, souligne la CFDT qui précise que l’emploi chez Alcatel Lucent (9 000 salariés en France dont 3 500 en R&D) « est certes lié à l’activité économique mondiale mais dépend aussi directement des volumes d’investissement réalisés par les opérateurs nationaux. S’ils achètent français, ils contribuent au maintien de l’emploi en France. La question doit se poser à chaque nouvel appel d’offres concernant le réseau. L’État doit aussi, dans ses réseaux télécoms internes (administrations, ministères, entreprises publique…), prendre en compte un acteur français comme Alcatel Lucent Entreprise. 
 
CFE-CGC 
La CFE-CGC voit dans le protectionnisme un danger pour les entreprises françaises qui exportent. 
Selon Carole Couvert, Secrétaire générale : 
Dresser des barricades contre la mondialisation ne servirait à rien. Que nous le voulions ou non, la mondialisation est là et elle s’impose à tous. Se replier sur le seul marché français mettrait en danger les entreprises françaises qui exportent, aussi bien les grands groupes que les PME. Si nous fermons nos frontières au reste du monde, attendons-nous à ce que nos partenaires commerciaux fassent de même ! Le bon sens et la réalité actuelle imposent donc de rejeter le protectionnisme. 
Ce qui ne signifie pas subir les délocalisations sans agir. On peut d’une part, faire des consommateurs des « consom’acteurs ». Acheter des produits régionaux ou fabriqués en France vous coûtera peut-être un peu plus cher, mais c’est l’emploi de votre fille, de votre fils, de votre voisin que vous préserverez ainsi. D’autre part, il faut miser sur la création d’emplois locaux, durables et non délocalisables. Enfin, l’avènement d’une Europe sociale et fiscale permettrait d’enrayer le dumping social et fiscal, en tirant tout le monde vers le haut. 
 
CFTC 
Quant à la CFTC, elle est «pour le Made in France sans protectionnisme».  
La CFTC estime qu'une partie de la réponse se trouve dans la traçabilité sociale qui permettra au consommateur de peser en faveur d'une mondialisation plus respectueuse des salariés. Nous aurons certainement du mal à faire porter le made in France par nos partenaires allemands, italiens, espagnols... En revanche, nous pouvons et nous devons, dans l'intérêt de tous, assurer nos emplois en protégeant les droits de tous les salariés, quel que soit le lieu de production. 
 
Rappelons également que la Confédération européenne des syndicats à la quelle adhèrent les syndicats français est financée par l’Union européenne. Elle soutient à ce titre le projet de stratégie « Europe 2020 » (cf. rapport du 28 octobre 2010) pour la relance du Marché unique. Lors du Forum économique mondial de Davos de 2009, son Secrétaire Général, John Monks, a alerté sur le protectionnisme rappelant les années 1930, qui risque de gagner l’économie et la société. 
 
L’extrême-gauche 
A l’extrême-gauche, l’hostilité au protectionnisme est virulente. En témoigne ce point de vue émis dans le journal de la ligue trotskyste en France (branche de l’International Communist League) Le Bolchévik nº 197 
 
Si les capitalistes font usage de la ségrégation et de la discrimination racistes pour diviser la classe ouvrière, il y a aussi la forme soi-disant plus respectable, voire « de gauche », du protectionnisme. Dès mars 2009, quelques mois après l’éclatement de la crise, Jacques Sapir, lui-même connu pour ses accointances monarchistes, publiait deux articles pour remettre à la mode le protectionnisme dans le Monde diplomatique, journal de référence pour nombre de petits-bourgeois qui se considèrent « de gauche. 
A l’ère du capitalisme monopoliste décadent, dans les métropoles impérialistes, le protectionnisme revient à protéger des fabricants en perte de vitesse dans la concurrence internationale avec des barrières douanières de différents types (droits de douane, contingents d’importation, etc.). Le protectionnisme protège artificiellement le taux de profit d’une branche économique donnée. Il implique donc des transferts vers ces branches capitalistes, bien entendu aux frais de la classe ouvrière censée acheter avec les mêmes salaires des produits français plus chers que les pêches espagnoles ou les textiles chinois ou tunisiens. De plus, le protectionnisme provoque inévitablement des mesures de rétorsion de la part des pays dont les capitalistes sont lésés, avec les conséquences que l’on devine pour les travailleurs des entreprises exportatrices dont les marchés extérieurs sont soudain fermés par le protectionnisme adverse. Les travailleurs se retrouvent perdants sur les deux tableaux. 
Mais surtout, au niveau de la conscience de classe, le protectionnisme est un poison mortel pour la classe ouvrière : en tournant les travailleurs vers la revendication que soient protégés les capitalistes qui les emploient, le protectionnisme signifie l’unité de la classe ouvrière avec sa propre bourgeoisie contre les rivaux capitalistes de celle-ci et contre les ouvriers de ces autres pays. Le protectionnisme est directement opposé à la lutte de classe contre sa propre bourgeoisie, et à l’unité internationale de la classe ouvrière, dont Marx disait déjà dans le Manifeste du Parti communiste : « Les ouvriers n’ont pas de patrie. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! 
En obscurcissant la conscience des travailleurs, le protectionnisme est une barrière réactionnaire à la lutte révolutionnaire. Le PCF en avait fourni un exemple particulièrement grotesque à la fin des années 1970 en avançant le mot d’ordre « Produisons français ! » Il avait mis ce mot d’ordre en veilleuse après que le FN l’avait fait sien en précisant simplement « avec des Français ». Maintenant le PCF cite avec approbation dans l’Humanité (31 août) un de ses propres élus disant : « Ikéa vend en France, il faut lui imposer de continuer à produire une partie de ses produits en France. » Et peu lui importe le sort des ouvriers roumains mis en concurrence. 
 
Pour la majorité des dirigeants syndicaux, le protectionnisme est une notion réactionnaire et démodée : un peu comme le colonialisme ou le sexisme… Il n’y a donc pas matière à débat sur le sujet : Des actions vigoureuses sont indispensables (on ne sait pas trop lesquelles…). Mais elles ne doivent en aucun cas se référer au protectionnisme. 
 
Le problème, c’est que pendant ce temps là, les usines ferment les unes après les autres…
 
 
 
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