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Les protectionnismes < Fiche 009 
 
Fiche 009    Protectionnisme : Quelles sont les marges de manœuvre ? 
 
A supposer que l’on souhaite adopter des mesures d’inspiration protectionniste, comment s’y prendre ?  convient-il d’intervenir de préférence au niveau national ou au niveau européen ? 
Ce sont les nécessités stratégiques qui déterminent l’opportunité de mesures de caractère protectionniste. Les niveaux des unes induisent les niveaux des autres. 
Existe-t-il un consensus au niveau européen sur des priorités stratégiques communes? Aujourd’hui cela ne parait pas le cas. Au contraire, les traités européens en vigueur ont créé un marché passif, largement ouvert aux mouvements économiques mondiaux. En outre, les relations entre pays européens sont supposées relever de la concurrence et non de la coopération. On voit mal comment, dans ces conditions, pourrait s’organiser une collaboration entre pays européens autour de priorités stratégiques communes. Faut-il accepter cette situation ? 
L’adoption généralisée, au niveau européen,  de mesures économiques protectionnistes communes parait  peu vraisemblable pour l’instant. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? 
Au niveau de chaque nation, la définition de priorités stratégiques parait jouable dans l’immédiat. La faiblesse relative de chaque nation au regard de l’économie mondiale ne peut que l’inciter à une certaine modestie quand aux retombées à en attendre. Mais la passivité est-elle préférable ? 
Quelle tactique adopter pour susciter une dynamique européenne ? 
On ne peut être que pessimiste aujourd’hui quant à la probabilité de mesures protectionnistes au niveau européen. Non pas tellement parce qu’elles seraient jugées pernicieuses en elles-mêmes, mais parce qu’elles nécessiteraient une révision fondamentale des rapports entre nations. 
On peut donc s’interroger : une nation européenne doit-elle bâtir sa stratégie pour son propre compte, au risque de se trouver en contradiction avec les règlements européens et en conflit avec ses voisins ? Doit-elle au contraire entamer une action de longue haleine pour persuader ses voisins de modifier leur propre vision de l’organisation des pays européens ? Sur qui s’appuyer dans une telle démarche ? Quelles opportunités (dossiers, évolutions, événements, alliés potentiels …) peut-on saisir pour  faire avancer les choses ? 
Par exemple,  la mobilisation de branches professionnelles rassemblant divers pays européens (comme ce fut le cas pour la politique agricole commune) pour organiser le contrôle des flux les concernant, parait plausible : notamment s’ils sont constitués pour l’essentiel d’entreprise de taille réduite. Mais cela les met en contradiction avec les théories libérales dominantes, et vraisemblablement avec les intérêts d’autres secteurs professionnels. 
Enfin, peut-on concevoir des stratégies européennes (incluant éventuellement des mesures de caractère protectionniste) susceptibles d’entrainer des retombées bénéfiques pour les autres peuples ? 
Nécessité de rouvrir le débat 
Avant toute autre démarche, il est indispensable de rouvrir un débat lucide et sans tabous sur l’opportunité du protectionnisme. 
Le refus d’aborder un tel débat parait indéfendable, même si l’on redoute de devoir s’interroger sur le fonctionnement de notre système économique et politique, et sur le comportement de ses acteurs. A défaut de justification rationnelle, il confirmerait l’existence d’une volonté de duper l’opinion en déconsidérant les gêneurs et leurs arguments : Comme le fait remarquer malicieusement Frédéric Lordon, « comme qualificatif péjoratif, protectionniste, ça vient justement avant pédophile… ». 
Pour inverser le processus, sans s’épuiser dans des procès d’intention, il faudrait probablement un double effort de communication : 
- Changer de vocabulaire : abandonner la notion difficilement vendable de protectionnisme au profit de terminologies plus séduisantes : anticipation stratégique, priorités internationales, volontarisme, pactes de solidarité, patriotisme industriel…  
- Inverser les rôles et mettre les partisans du tabou en position défensive : On pourrait aussi, si nécessaire,  leur reprocher leur passivité et leur cynisme : laisser-faire, abdication, fatalisme (Cf. Le protectionnisme et ses ennemis, Ha-Joon Chang, Serge Halimi, Frédéric Lordon, François Ruffin, Jacques Sapir Editions LLL les liens qui libèrent 2012)…
 
 
 
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