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Les protectionnismes < Fiche 011 
 
Fiche 011    Les affrontements liés au protectionnisme : Le cas de l’Argentine  
 
L'Argentine est face à un dilemme: contrôler ses importations pour préserver son excédent commercial, seule source de financement en l'absence de crédit après le défaut de 2001, au risque selon les analystes de compromettre à terme son outil de production.  
Paria des marchés financiers, l’Argentine ne dispose comme source de financement que de son excédent commercial. En 2011, il a été de 7,8 milliards d'euros, soit en recul de 11% à 2010. Les échéances de la dette publique, elles, s'élèvent à près de 6 milliards de dollars (4,5 milliards d'euros) en 2012 et les réserves monétaires ont diminué de 4,5 milliards d'euros en 2011, passant de 39,5 à 35 milliards d'euros. 
L’Argentine est aux prises avec les « fonds vautours ». Cela  lui a valu, par exemple, la saisie de  la frégate Libertad, par les autorités ghanéennes suite à une plainte du fonds d'investissement NML Capital Limited (du groupe Elliott). En procès contre Buenos Aires aux Etats-Unis, le fonds Elliott est connu pour traquer les déplacements de la diplomatie argentine. En 2008, il avait installé un rat géant devant l'ambassade à Washington. En 2009, il avait obtenu temporairement le gel des comptes bancaires de l'ambassade à Paris. Et lors du récent voyage de Cristina Kirchner à New York pour l'Assemblée de l'ONU, le fonds a mobilisé des jeunes contre la présidente. Il détient des titres de dette argentins et réclame à Buenos Aires plus de 370 millions de dollars (283 millions d'euros). La frégate avait été bloquée du 2 octobre 2012 jau 19 décembre 2012 et avait été libérée à cette date à la suite d'un jugement du Tribunal international du droit de la mer ordonnant cette libération. En outre, un tribunal américain a reconnu le pays coupable, le 26 octobre, de « discrimination » pour n’avoir pas remboursé les porteurs d'obligations qui avaient refusé la restructuration de la dette privée argentine, suite au défaut de 2001, le plus important de l'histoire après celui de la Grèce. 
Depuis fin 2008, la présidente Cristina Kirchner a effectivement mis en place une politique de protectionnisme qui touche des secteurs aussi variés que l'automobile, le textile, le cuir, l'électroménager, les ordinateurs ou les portables. 
Le gouvernement a décidé de contraindre les importateurs à remplir des déclarations détaillées de leurs achats en se réservant un délai de dix jours avant de donner son feu vert. Cette mesure s'ajoute aux accords "informels". Pour exporter en Argentine, on doit s'engager à importer des produits argentins ou à investir dans le pays pour ne pas risquer de voir ses produits bloqués aux douanes. 
 
Si elles ne veulent pas voir leurs marchandises refoulées, les entreprises étrangères doivent s'engager à compenser en exportant ou en investissant dans le pays. A cela, s'ajoute un contrôle draconien des opérations de change, afin de lutter contre la fuite des capitaux. 
 
Parmi les cas les plus connus, le constructeur automobile allemand Porsche a dû en 2011 s'engager à acheter du vin et de l'huile d'olive argentins pour faire entrer une centaine de véhicules. Le fabricant canadien BlackBerry a dû, lui, annoncer l'ouverture d'une unité de production en Terre de Feu (sud) pour continuer à vendre ses portables. 
 
Ces mesures inquiètent les pays de l'Union européenne, qui représentent 17% des exportations argentines et 16% des importations. Elles sont critiquées par les partenaires de l'Argentine au sein du Mercosur (Paraguay, Brésil et Uruguay), qui représentent 25% des exportations argentines et 31% des importations. La présidente Cristina Kirchner s'en est pris jeudi à "ceux qui voient dans le contrôle du commerce extérieur quelque chose de sacrilège", en faisant valoir que "l'Argentine était au sein du G20 le deuxième pays dont les importations avaient le plus augmenté en 2011 (+30%), après l'Inde (+60%)". 
 
Les experts ne semblent pas convaincus. "L'Argentine est devenu l'un des pays les plus protectionnistes", dit Aldo Abram, économiste chez Exante, déplorant l'existence de "normes non écrites".  
 
L’attitude protectionniste de l’Argentine suscite deux types de problèmes : 
Des tensions avec les autres pays de l’OMC : 
Le 28 aout 2012, l'Argentine avait porté plainte contre les Etats-Unis devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les accusant de violer les règles du commerce international en empêchant l'importation de boeuf et de citrons argentins, affirmant notamment ne pas avoir été en mesure d'exporter des citrons vers les Etats-Unis depuis 2001. Elle reproche à l'administration américaine des "retards injustifiables" dans l'approbation de l'importation de viande fraîche de boeuf qui entraîne, depuis 2000, des pertes estimées à 150 millions de dollars (119 millions d'euros) par an. 
Quelques heures auparavant, Washington et Tokyo avaient saisi l'OMC de la politique argentine en matière d'octroi de licences d'importations "qui établit une discrimination entre produits importés et produits nationaux". Le 25 mai, l'Union européenne (UE) avait, elle aussi, demandé l'ouverture de consultations avec Buenos Aires pour se plaindre du protectionnisme argentin. En rétorsion, l'Argentine a saisi, le 17 août, l'OMC pour demander des consultations avec l'UE au sujet des restrictions appliquées par l'Espagne aux importations de son biodiésel. Une mesure prise par Madrid en représailles après la nationalisation partielle de la compagnie pétrolière argentine YPF, majoritairement détenue par l'espagnol Repsol. 
Le 30 mars, à l'occasion de la réunion du Conseil du commerce des marchandises à Genève, quatorze membres de l'OMC (Etats-Unis, Union européenne, Chine, Turquie, Japon, Pérou, Mexique notamment) s'étaient émus des restrictions imposées par Buenos Aires. Le représentant argentin avait adopté une pose "tiers-mondiste", rétorquant que les pays riches n'avaient pas de leçon à donner aux pays en développement. 
Ces  escarmouches confirment un climat de rétorsion que Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, fustigeait en mai. "Le protectionnisme est comme le cholestérol, disait-il. La lente accumulation de mesures commerciales restrictives qui se produit depuis 2008 - ces dernières visent désormais presque 3 % du commerce mondial des marchandises — peut finir par faire obstruction aux flux commerciaux." 
 
Des difficultés d’approvisionnement pour les entreprises argentines : 
 
Les entreprises qui ont besoin d'importer des pièces détachées pour leur production en Argentine ont des problèmes". En janvier, lassée des retards provoqués par les nouveaux contrôles, le constructeur d’automobiles Fiat a arrêté son usine de Ferreyra (Cordoba, centre) pendant 48 heures. 
 
L'une des conséquences de ce durcissement est la disparition de nombreux articles de base ou de pièces de rechange dans les ateliers automobiles comme chez l'électricien de quartier. Lassées de ces entraves, plusieurs marques de luxe, comme Ralph Lauren, Armani où Yves Saint Laurent, se sont retirées d'Argentine.
 
 
 
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