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Bibli 302 L’identité économique de la France. Libre échange et protectionnisme 1814-1851,  
David Todd 487 pages Grasset 2008 
 
Charles Ferguson avait réalisé en 2011 une enquête sur les pratiques des milieux financiers américains. Elle avait donné lieu à un documentaire « Inside Job » qui reçut cette année là l’Oscar du meilleur documentaire (On peut se le  procurer sur internet sous la forme d’un  DVD en version originale sous-titrée en français). « L’Amérique des prédateurs » prolonge et précise cette enquête. 
 
L’auteur : 
Charles H. Ferguson est écrivain, réalisateur de films, consultant auprès de grandes entreprises américaines (et notamment à la Maison Blanche).Il est membre permanent du « Council on Foreign Relations » et directeur de la Fondation franco-américaine. 
 
Pourquoi il faut lire ce livre : 
Il arrive, qu’après avoir lu un livre, notre vision du monde ait changé. Des enjeux nous apparaissent plus clairement. Les faits prennent une signification nouvelle. Nous nous sentons plus intelligents. « L’Amérique des prédateurs » fait partie de ces livres. Le monde de la finance nous apparait comme un vaste jeu de « Monopoly » dont les règles nous sont désormais familières. Nous comprenons  les stratégies des  joueurs. Différence majeure avec le Monopoly, ici, les billets de millions de dollars sont vrais. 
Il ne faut pas se laisser rebuter par le recours à un vocabulaire financier spécialisé. Les explications de l’auteur sont très claires et progressives. A u bout de quelques pages nous sommes parfaitement familiarisés avec  la titrisation, les CDO « synthétiques », les CDS ou autres spécialités plus ou moins sympathiques. D’ailleurs un glossaire nous est fourni en fin de livre. 
L’intérêt du livre tient à ce que Charles Ferguson ne se contente pas de considérations théoriques d’ordre général, mais raconte des histoires vraies en citant nommément les acteurs ( entreprises ou personnalités), et en précisant les dates et les montants en cause. 
Prenons un exemple : la « titrisation ». Pour  beaucoup d’entre nous, il s’agit d’un mécanisme mystérieux, mais, en fait, son principe s’apparente à celui de la lasagne (l’image n’est pas de Charles Ferguson, mais de l’auteur de ces lignes) : on prend un assortiment de créances diverses. On les mélange. Et on vend le tout, comme un produit fini,  à charge pour l’acheteur d’apprécier s’il contient du bœuf ou du cheval, du dollar ou du cochon. 
Prenons un deuxième exemple, le CDS. il s’agit d’un contrat que je passe avec un assureur  pour me garantir contre le risque de perte de valeur d’un titre: je lui verse une prime, et en contrepartie, il s’engage à couvrir les pertes que je pourrais subir sur ce titre. En soi, l’idée est excellente et devrait me permettre de gérer mes titres avec la plus grande prudence. Quoi de plus pertinent que de transférer un risque à un assureur dont c’est le métier ? Sauf que le CDS, qui est, en somme un pari, peut être acheté ou vendu, indépendamment de la possession du titre correspondant. Sa valeur fluctue suivant l’appréciation du risque encouru : sur un produit tout neuf, émanant d’émetteurs présentant les meilleurs garanties, le risque est apparemment réduit, donc la prime à verser à l’assureur  est faible. Par contre, si le produit assuré parait à risques, notamment si les créances qui le composent s’avèrent progressivement irrécupérables, la valeur du CDS croît rapidement, et donc le prix auquel on peut le négocier sur le marché. 
Si vous avez compris cela, vous allez comprendre ce qui va suivre. Supposons que vous vous appeliez Goldman Sachs : Vous allez acheter, à bas prix, des créances aussi irrécupérables que possible. Vous allez les titriser dans un produit dont vos propres collaborateurs vous confirment, par mail, que c’est bien de la « merde », et qu’il donnera lieu à de nombreux incidents de paiement. Vous allez lui donner un nom ronflant, le présenter à l’aide de plaquettes conçues par des as du marketing, et obtenir d’une agence de notation à votre solde qu’elle lui délivre une cotation AAA. Vous achetez à un assureur (Appelons le AIG) les CDS correspondants à ces titres. Vous ne les payez pas chers, puisqu’en apparence ce devraient être des produits sûrs. Vous vous débarrassez, bien sûr, des titres proprement dits, mais vous gardez les CDS. Et maintenant la vraie partie peut commencer : au fur et à mesure que les incidents de paiement vont se multiplier, la valeur du CDS va grimper. Et vous, vous n’avez qu’à  empocher la valeur ajoutée. Très rentable et sans risque… Sauf pour l’assureur qui avait vendu son engagement pour une somme modique, et qui se trouve confronté à l’obligation de prendre en charge des sinistres considérables. Bien joué, non ? Et c’est ainsi qu’en août 2008, AIG, premier assureur mondial avait du débourser près de 20 milliards de dollars, dont 8 pour le seul Goldman Sachs. Cela entraina, en septembre 2008, la faillite d’AIG, qui fut toutefois sauvée par une injection gouvernementale (donc au frais du contribuable) de 85 milliards de dollars. Cette décision courageuse fut prise par le secrétaire d’Etat au trésor, Henry Paulson, qui était encore, deux auparavant le Président de Goldman Sachs. Décidément le monde est petit.  
Comme quoi, parier sur la perte de son équipe est condamnable chez des joueurs de hand-ball, mais tout à fait recommandé chez des banquiers. 
Le livre fourmille d’exemples de cet ordre. Il précise toujours, comme on l’a dit plus haut, le déroulement des faits, les dates, les sommes en jeu, et les protagonistes. 
 
Résumé 
Le livre « L’Amérique des prédateurs » développe divers arguments ; 
-      Il raconte l’histoire des bulles financières aux Etats-Unis depuis les années 1980 : de plus en plus graves et de plus en plus couteuses. 
-      Il explique les conditions de formation et d’éclatement de ces bulles : l’environnement législatif et financier, la poursuite systématique d’une dérégulation suicidaire, le cynisme et la cupidité des dirigeants. 
-      Il souligne leurs répercussions sur la prospérité des USA, l’équilibre social et la montée des inégalités. 
-      Il met en évidence les liens étroits tissés entre le pouvoir politique, (les deux grands partis qui le détiennent ne se différenciant guère dans ce domaine) et les dirigeants financiers, débouchant sur une bienveillance excessive à leur endroit  et sur leur totale impunité. 
-      Il dresse un tableau extrêmement pessimiste de la position des Etats-Unis et de l’évolution de la société américaine, sauf réaction, aujourd’hui problématique, du peuple américain.
 
 
 
 
 
 
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